Château de Saint-​​Aubin sur Loire

mercredi 14 juin 2017
par  J-C.Hamers

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Le Château de Saint-​​Aubin-​​sur-​​Loire, pro­priété de Kirsten Van Riel [1], œuvre de l’architecte Edme Ver­niquet, a été construit entre 1771 et 1777.

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Le pro­prié­taire actuel avec un groupe de visiteurs.


[1] Elancé et élégant, il parle d’une voix grave et lente avec dans ses manières un je-​​​​ne-​​​​sais-​​​​quoi emprunté au XIXe siècle anglais. Kristen Van Riel, cinquante-​​​​quatre ans, ancien avocat d’affaires, ancien directeur de Sotheby’s France, s’est désormais retiré sur ses terres de Bour­gogne. Si l’homme d’affaires avisé est au fait des choses du XXIe siècle, son univers intime tient à un temps ancien fait de bonnes manières, d’éducation et d’une cer­taine légèreté. Un temps aussi où l’esprit était pra­tiqué comme l’un des beaux-​​​​arts. Un monde presque oublié si ce n’est dans le roman de Cho­derlos de Laclos, père des « Liaisons dan­ge­reuses » et aussi dans l’esprit de Kristen Van Riel.

Sa manière à lui de com­mé­morer cette époque est par­ti­cu­lière. Cultivant de longue date un goût pour les décors, il a recréé dans ses inté­rieurs suc­cessifs, bien que sans obsession his­to­rique, ce monde raffiné du passé. Il n’est donc pas un col­lec­tionneur maniaque d’objets indi­vi­duels, mais est animé par une vision globale, une esthé­tique de la vie quotidienne.

Cette passion-​​​​là a com­mencé très tôt chez Kristen Van Riel. A qua­torze ans déjà, on lui confiait un budget pour décorer sa chambre. Il acheta des gouaches de vues napo­li­taines, prin­ci­pa­lement du XIXe siècle. La ville face à la mer, l’Etna, le jour, la nuit… « Ce fut ma pre­mière col­lection. Pendant long­temps, environ une dizaine d’années, je me suis concentré sur ce thème. C’était déco­ratif et acces­sible finan­ciè­rement. J’aimais aussi le côté archi­tecturé de ces images. »

Mais un beau jour, il décide de vendre le fruit de ses efforts aux enchères. Il veut faire l’acquisition d’un tableau du XVIIIe siècle peint par un artiste français inconnu repré­sentant l’intérieur du palais d’Apollon. Son engouement pour le style néo­clas­sique est né et ne se démentira pas. « La ruine, le temple… Je suis un fana­tique du néo­clas­sique ", confirme-​​​​t-​​​​il. En vrac, il cite ses idoles, ses acqui­si­tions, ses réfé­rences : « Pal­ladio, Hubert Robert, les frag­ments de marbre antique… » Il est aussi amateur d’objets qui rap­pellent une pra­tique oubliée, « le grand tour », qui consistait à voyager de l’Italie à la Grèce sur les traces des civi­li­sa­tions antiques. Ne lui demandez pas son opinion sur le dernier Gon­court. Il citera plus volon­tiers le prince de Ligne, Charles-​​​​Joseph de son prénom, homme d’esprit belge, cos­mo­polite et ami de Mme de Staël et de Catherine II. A moins qu’il ne se réfère à Mme de Main­tenon, l’épouse secrète de Louis XIV. « Oui, j’ai une cer­taine nos­talgie, avoue-​​​​t-​​​​il. J’aime recréer des sortes de cap­sules d’un passé revisité. "

Pro­gression pro­fes­sion­nelle et moyens finan­ciers aidant, de ses pre­miers tableaux, il est donc passé à l’acquisition de meubles, des meubles aux bronzes et des bronzes aux por­ce­laines. Dans son château du XVIIIe siècle « en res­tau­ration pour quelques années encore ", situé loin des axes fré­quentés, à 40 kilo­mètres de Moulins, il a conçu un mélange éclec­tique. Même si l’esprit global du lieu évoque plutôt ce néo­clas­si­cisme qu’on trouve à l’époque de Louis XVI, il est élargi « à ce qu’aurait pu ramener un voyageur en Europe à la fin du XIXe siècle ", explique Kristen Van Riel.

Durant l’été, le châ­telain fait visiter quelques-​​​​unes des cin­quante pièces de sa demeure en racontant des anec­dotes de l’époque (*). Il montre aussi la galerie de por­traits (quatre-​​​​vingts) d’une branche éteinte de la famille : les Saint-​​​​Maurite, des nobles de Franche-​​​​Comté. De la fenêtre, l’ancien avocat d’affaires admire « une vue ouverte sur 80 kilo­mètres de paysage sans ligne à haute tension » avant de se retourner et contempler tel meuble ou tel tableau.

Parmi ses favoris, une peinture de Pierre-​​​​Antoine Demachy (17231807), un spé­cia­liste des pay­sages d’architecture, repré­sentant l’entrée des Tui­leries à la Concorde. « On y voit les deux chevaux de Marly, l’architecture de la place et les jardins avec l’ombre des fron­daisons. La com­po­sition est baignée de mystère. " Il l’a acquise lors de la vente du château de Groussaye, chez Sotheby’s, qui avait été décoré par un dandy cultivé du nom de « Charles de Beis­tegui ", une réfé­rence pour Kristen Van Riel.

Il parle aussi d’une chaise longue estam­pillée Tilliard, un des grands noms de l’ébénisterie sous le règne de Louis XV. « Admi­rable. C’est un chef-d’oeuvre d’équilibre. Pro­por­tions, légèreté, sculpture… C’est le premier meuble Louis XV dont j’ai fait l’acquisition. Une rondeur natu­rel­lement élé­gante contrai­rement à la raideur du Louis XVI. " Et d’ajouter avec humour : « Je com­mence à me dévergonder. "

JUDITH BENHAMOU-​​​​HUET (Les Echos​.fr)

(*) Château de Saint-​​​​Aubin-​​​​sur-​​​​Loire. Ouvert en juillet et août et sur rendez-​​​​vous (03.85.53.91.96). Kristen Van Riel, avocat, est un ancien associé du cabinet Wilkie Farr & Gal­lagher, ancien directeur général de Sotheby’s France, ancien PDG d’International Real Returns.


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